Restez informé par e-mail

dimanche 10 mars 2013

Athènes, on prend les mêmes et on recommence


Back to square one in Athens

Les beaux jours reviennent sur Athènes, et avec eux arrivent les touristes tant attendus pour relancer l'économie. L'année dernière, ce fut au mois de février que la contestation était la plus forte, le retour du printemps avait rappelé aux Grecs que s'il était légitime de défier l'État, il n'était pas question d'effrayer les touristes pour autant.
L’impression que j’ai maintenant, c’est que ce n'est pas après une année de contestation sous contrôle que les choses vont se remettre à bouger. La gouvernance par le doute a porté ses fruits.



La gouvernance par le doute, ce fut cette politique qui consistait à plonger de plus en plus de gens dans la misère pour satisfaire le monde de la finance, tout en prétendant que cela pourrait être pire et que tout était sur le point de s'arranger. Cela fait un an que l'on prédit aux Grecs que leur pays va s'effondrer, tout en les rassurant sur le côté temporaire de l'austérité. Confrontée à ces paradoxes, la population a cessé de s'intéresser à la politique ; confrontées aux difficultés, les familles se sont soudées pour limiter les dégâts. Dans certains quartiers, il y a eu quelques initiatives originales : ventes directes des agriculteurs, échanges de services sans recours à la monnaie... mais aucun mode de gouvernance nouveau n'a émergé.

Désormais, la plupart des Grecs sont convaincus que le pire est derrière eux, et ce week-end de carnaval a permis d'oublier un peu la crise. Athènes repart à zéro, sans son air pollué par le chauffage au bois et sans ses grèves de métro qui paralysaient la ville. On s'attend bien à quelques soubresauts contestataires, mais pas plus que dans le reste de l'Europe.



Au final, ce qui me fait le plus peur, dans ce pays qui se relève ou qui fait semblant, c'est la façon dont les étrangers (non européens) ont servi de boucs émissaires. Le racisme est devenu un réflexe chez beaucoup de gens pendant cette crise. Pas plus tard qu'avant hier, alors que j'attendais mes pitas dans un petit restaurant où j'ai l'habitude de me rendre en soirée, un Africain est entré et le silence s’est emparé des employés comme des clients. L’accueil n’aurait pas été plus glacial si cet homme était entré avec un fusil. Ironie de la situation, alors que j'ai l'habitude de plaisanter avec le personnel, mais en anglais parce que je ne parle qu'un tout petit peu le grec, cet homme parlait parfaitement et n'a pas réussi à décrocher un sourire de la part de qui que ce soit.



Étrange situation que celle où les étrangers fortunés sont encouragés à venir et accueillis à bras ouverts alors que les plus démunis sont traités comme des envahisseurs. Certes, l'histoire du pays, longtemps colonisé, n'y est peut-être pas pour rien, mais il est dommage de voir qu'au vingt-et-unième siècle les vieilles recettes de la peur, des lendemains qui chantent et des boucs émissaires suffisent à garantir la paix sociale en période d'occupation économique.


Back to square one in Athens


Sunny days are back in Athens, and they're followed by tourists whom are expected to boost the economy. Last year, it was in February that the struggle was the strongest, the return of spring had reminded the Greeks that if it was legitimate to challenge the state, there was no way to scare tourists.
The feeling I have now is that it is not after a year of struggle under control that things will move again. Governance by doubts has payed.




Governance by doubts was this policy elaborated by the financial world and which plunged more people into poverty, while it was claimed that it could be worse and that everything was turning better. One year ago Greeks were predicted their country would collapse and were reassured about the short time austerity. In front of these paradoxes, people lost interest in politics; coping with difficulties, families regrouped to limit the damage. In some quarters, there were some original initiatives: direct sales from farmers, changes of services with no money ... but no new mode of governance has emerged.

Now, most Greeks are convinced that the worst is behind them, and this weekend of carnival made them thinking about something else than crisis. Athens is back to life, without the air polluted by wood fires, without its subway strikes that paralyzed the city. A few protests are expected though, but no more than in the rest of Europe.



In the end, what I fear most in this country which is raising back or pretending to do is how foreign (non-EU) has been used as scapegoats. Racism has turned as a reflex for many people during this crisis. Just the day before yesterday, while I was waiting for my pitas in a small restaurant where I usually go in the evening, an African came and silence took over employees as customers. The welcome would not have been colder if this guy had entered with a gun. Ironically, while I used to joke with the staff, in English because I speak Greek a little bit only, this man spoke perfect and could not get a smile from anyone.



Strange situation when wealthy foreigners are encouraged to come and welcomed with open arms while the poor are treated as invaders. Certainly, the history of the country, colonized for long, is a part of the explanation, but it is sad to see that the twenty-first century old recipes of fear, scapegoats and promises of better tomorrows are still able to ensure social peace during an economic occupation.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire