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dimanche 17 mars 2013

Athènes : du sang et des larmes à ne plus savoir qu'en faire


Blood and tears coming out of our ears in Athens

Lorsque je lis les articles de presse ou les blogs sur la Grèce, entre les commentaires méprisants, voire haineux, et les descriptions volontairement misérabilistes destinées à faire du chiffre, j'ai du mal à déterminer ce qui m'agace le plus.
Bien sûr, la crise qui touche la Grèce est complexe et affecte différemment les différentes strates de la société. On peut la voir de différentes façons en fonction des personnes et des lieux que l'on fréquente, et même de la saison à laquelle on visite le pays. Mais ce qui est gênant, c'est que la popularité des articles les plus alarmants et les plus misérabilistes incitent les blogueurs et journalistes à donner au public ce dont il est le plus friand : du fascisme, de la misère et de la violence ; en d'autres termes, du sang et des larmes.




Et c'est vrai qu'entre les nouveaux SDF qui couchent dans des squats ou sur le parvis des églises pour se tenir à l'abri de la pluie avant d'aller faire les poubelles dans la journée pour récupérer de la nourriture et du métal à revendre, les partisans d'Aube dorée qui font le salut nazi dans les rues et les vitrines des magasins fermés depuis déjà plus d'un an il y a de quoi faire le bonheur des journalistes en mal d'images percutantes.

Mais, s'il est criminel d'ignorer la détresse des plus démunis, frappés de plein fouet par la crise, il serait tout aussi coupable de généraliser leur situation. Une crise économique, aussi injuste et dure soit-elle, ne peut pas frapper tout le monde.
En discutant avec des amis, Grecs francophones, la semaine dernière, j'ai par exemple appris que les employés qui travaillaient dans l'apprentissage des langues n'avaient jamais été autant sollicités et n'avaient jamais autant travaillés pour le compte de tous ceux qui voulaient investir à l'étranger, diversifier leur clientèle ou simplement quitter le pays. Une amie m'a aussi parlé du milieu de la télévision, dans lequel une société qui importe les séries et les émissions étrangères se retrouve surchargée de commandes parce que plus personne ne veut investir dans des productions locales, trop chères et peu rentables.




Accessoirement, j'ai aussi pu voir un reportage à la télévision grecque. Avec le titre "peur sur la ville" affiché sur fond rouge, les images alternaient entre les scènes de portes fracturées et les quartiers situés près d'Omonia où résident beaucoup d'étrangers. Le caractère raciste et alarmiste de l'émission ne faisait aucun doute et je suis convaincu qu'avant de nous indigner de l’existence des nazillons d'Aube dorée, déjà endoctrinés, il serait préférable de faire la lumière sur la façon dont l'insécurité (ou le sentiment d'insécurité) est exploitée dans les médias.




Alors, oui, la situation est difficile. Oui, je m'indigne (puisque c'est à la mode) contre l'austérité imposée à un peuple par des techniciens, voire des technocrates, dépourvus de toute légitimité démocratique. Oui, je crains le pire pour ce pays et pour l'Europe si l'on ne trouve pas des moyens pour remettre l'individu (et non l'actionnaire) au centre du dispositif démocratique. Mais je crois aussi que montrer des photos de mendiants et de rideaux fermés ne servira qu'à effrayer les lecteurs, et que la peur mène plus facilement à la soumission qu'à la recherche de solutions.
Je profite donc de cet article pour inviter à nouveau tous ceux qui souhaitent visiter Athènes à se perdre du côté de la rue Kolokotroni, un peu au-dessus de l'axe Syntagma - Monastiraki, un axe incontournable, et pourtant peu connu des touristes, pour qui veut apprécier les nuits athéniennes.




Blood and tears coming out of our ears in Athens


When I read articles or blogs about Greece, between rude comments or hateful and sordid descriptions deliberately chosen to catch readers, I can not determine what annoys me the most.
Of course, the crisis in Greece is complex and affects differently the various segments of society. You can see it in different ways depending on the people and places you frequent, and even the season in which you visit the country. But what is annoying is that the popularity of the most alarming and most sordid articles encourage bloggers and journalists to give the public the most wanted: fascism, poverty and violence. In other words, blood and tears.



And it is true that with the new homeless who sleep in squats or on the steps of churches to keep away from the rain before going to the search the garbage during the day to get food and metal to resell, supporters of the Golden Dawn with their Nazi signs in the streets and shop windows closed for more than one year now that's pure happiness journalists in search of punchy points.


But if it is criminal to ignore the distress of the poor, hit hard by the crisis, it would be equally guilty to generalize their situation. Economic crisis, as unfair and harsh it may be, can not hit everyone.
Talking with some French speaking friends last week, for example, I learned that employees who worked in language learning had never been so solicited and had never worked much for all of those who want to invest abroad, diversify their customer or simply leave the country. A friend also told me about the people of the TV, where a company that imports foreign TV shows is overloaded with commands because nobody wants to invest in local productions, too expensive and unprofitable now.



Incidentally, I also saw a documentary on Greek television. With the title "fear city" displayed on a red background and images alternating between broken doors and neighborhoods located near Omonia where many foreigners stay. The racist and alarmist issue made no doubt and I'm sure before we claim against the existence of the Golden Dawn nazis already indoctrinated, it would be better to make light about how the insecurity (or feeling of insecurity) is exploited in the media.




So, yes, the situation is difficult. Yes, I am outraged (because it is fashionable) against austerity imposed to people by technicians or technocrats with no democratic legitimacy. Yes, I fear the worst for this country and for Europe if we do not find ways to restore the individual (and not the shareholder) at the center of democracy. But I also believe that showing pictures of beggars and closed curtains will only frighten readers, and that fear leads more easily to submission than to the search for solutions.
I therefore take this article to invite, again, all those who wish to visit Athens to get lost around Kolokotroni street, a little above the axis Syntagma - Monastiraki, and an essential axis, yet unknown from tourists, if they want to enjoy the Athenian nights.





2 commentaires:

  1. Je suis d'accord avec toi. Nul n'est besoin de faire dans le misérabilisme et mieux vaut s'armer contre le glissement progressif, mais net, des médias officiels vers un discours raciste qui ne se cache plus. Mais même dans une petite ville comme Nauplie, le poids de la crise de fait vraiment sentir. Bien sûr un touriste n'en pâtira pas, mais pour ceux qui y vivent, le travail commence vraiment à manquer, les enfants à s'exiler et les salaires, pour ceux qui ont encore un job, ou les pensions à fondre. Quant à l'aube dorée, elle a ouvert une permanence dans mon quartier !

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    1. Aube dorée est un problème, et un sérieux problème, mais ce phénomène ne doit pas être traité comme s'il n'avait pas de causes (austérité, choix politiques et médiatiques, racisme des pays post colonisés...)
      Quant à la crise, elle fait beaucoup de dégâts. On ne parle pas de la chute de la natalité, mais j'imagine qu'elle aura des conséquences catastrophiques dans les décennies à venir... Raison de plus pour ne pas en accentuer les effets en la dramatisant.

      Cela étant dit, depuis Athènes, ma vision est forcément limitée.

      À bientôt et merci pour votre courrier

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