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samedi 6 octobre 2012

Quelques témoignages

Some testimonials

Après plusieurs mois en Grèce, j'ai lié quelques liens avec les gens qui vivent sur place.
Cela peut être intéressant de voir comment ils vivent la situation. Si tous sont d'accord pour dire que les temps sont durs et que les choses ne semblent pas pouvoir s'améliorer, leur approche est néanmoins différente.



Nikos est ingénieur civil.
Il travaille avec son frère qui s'occupe de l'administration, et trouve un contrat de temps en temps.
Il me dit qu'il peut vivre et travailler en Grèce, mais avec six cents euros par mois, il n'a pas d'avenir. D'après lui, il y a encore des gens qui ont de l'argent, mais personne ne fait de projet, le futur est trop incertain. Quant à espérer voir venir des investisseurs étrangers, il n'y compte pas non plus.
— Ici, pour monter sa boite, il faut donner un bakchich. Comment veux-tu que quelqu'un vienne investir ?
Alors, il pense partir à l'étranger. Aux États-Unis ou en Australie.
— Ce qui est dommage, c'est que si tous les jeunes s'en vont, tous les souvenirs de notre civilisation vont s'évaporer.
Ensuite, il me parle de ce qu'il pense de la situation intérieure.
— Les Grecs ne font plus d'enfants. Ils ne veulent pas avoir une famille à charge alors qu'ils ont déjà du mal à subvenir à leurs propres besoins.
Puis, il prend un air grave pour m'annoncer :
— Dans le nord du pays, la présence turque est très forte. Et ils font six ou sept enfants par couple. Dans peu de temps, nous ne serons plus chez nous.
Comme quoi la crise, qu'elle soit économique ou démographique, a aussi pour effet d'attiser les vieilles rancoeurs.



Nadia est professeure de français dans un institut privé.
— C'est difficile parce qu'il a fallu renégocier les contrats. Pour un professeur diplômé, le SMIC horaire était à plus de huit euros, il est descendu à trois euros cinquante. Mon employeur me propose plus, mais en ne déclarant que trois euros cinquante centimes, et en me faisant payer le reste au noir.
Ce n'est pas seulement le problème de la retraite qui la pousse à refuser, c'est parce qu'elle sait que si elle accepte, l'année suivante, elle devra se contenter de trois euros cinquante.
Pour elle, pas question de quitter la Grèce. D’ailleurs, elle a une amie qui vit en France, à Nantes, et qui pense même rentrer, parce qu'elle trouve que les gens sont devenus agressifs avec elle depuis que la crise a touché l'hexagone.
Ce que Nadia espère, c'est qu'un nouveau système va naître de cette crise. Un système dans lequel on ne consommera pas à outrance et on vivra bien avec de petits salaires. Malgré son jeune âge, elle n'est pas très optimiste.
— Tous mes amis, dès qu'ils en ont les moyens, ils s'achètent une voiture. Et ensuite, ils peuvent à peine payer la vignette, le carburant et l'assurance. Tout est encore beaucoup trop axé sur la consommation.



Dans les discours de tous ceux avec qui j'ai discuté, même si leur façon de voir les choses est personnelle, je retrouve des constantes : le refus de se victimiser, le rejet de la politique et des institutions, l'absence d'espoir à court terme. Malgré les craintes de Nikos, la civilisation grecque, à l'origine de la tragédie, a encore de l'avenir devant elle.


Some testimonials


After several months in Greece, I have made a few links with the guys who live there.
It may be interesting to see how they appreciate the situation. If they all agree that times are tough and things do not seem to be able to improve their approach is different, however.



Nikos is a civil engineer.
He works with his brother who is in charge of the administration, and he get a contract from time to time.
He said he can live and work in Greece, but with six hundred euros per month, there is no future. According to him, there are still people who have money, but no one has project, the future is too uncertain. And there's no hope to see foreign investors coming.
- Here, to create your society, you have to give a bribe. How do you want people to invest?
So he thinks about going abroad to United States or to Australia.
- What is unfortunate is that if all the young people leave, all the memories of our civilization will evaporate.
Then he tells me what he thinks about the domestic situation.
- Greeks have no longer children. They do not want a family to support when they are already struggling to meet their own needs.
Then he takes a serious look and told me:
- In the north, the Turkish presence is very strong. And they have six or seven children per couple. In a short time, we are no longer in our own country.
I guess the crisis, whether economic or demographic also tends to stir up old resentments.



Nadia is a French teacher in a private institute.
- It's hard because we had to renegotiate contracts. For a qualified teacher, the hourly minimum wage was more than eight euros, but it came down to three euros fifty. My employer offers more, but he wants to declare three euro fifty cents only, and pay the rest in cash.
It is not only the problem of retirement who pushes her to refuse, it also is because she knows that if she accepts, next year, she will be offered three euros fifty only.
For her, no way of leaving Greece. Moreover, she has a friend who lives in France, in Nantes, and who even thinks about coming back, because she noticed people have become aggressive with her since the crisis hit France.
What Nadia hopes is that a new system will emerge from this crisis. A system which will not push to consume excessively and where we live well with small salaries. Despite her young age, she is not very optimistic.
- All my friends bought a car as soon as they could afford it. And then they can barely pay the sticker, the fuel and the insurance. Everything is still based on consumption.


In the speeches of all those with whom I spoke, even if their way of seeing things is personal, I find constants: the refusal to victimize, the rejection of politics and institutions, and the lack of short term hope. Despite the fear of Nikos, Greek civilization, at the origin of tragedy, still has a future here.


2 commentaires:

  1. Nikos est assez violent dans ces dires avec la communauté turque tout de même...: réaction typique résultant de la crise/sentiment de peur de l'étranger en crescendo.
    Un tel raisonnement fini dans certains cas en vote pour X.A-même plus envie de les nommer! Heureusement cette personne semble pleine d'intelligence il ne fera jamais ça hein!

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  2. Je l'espère, mais j'avoue que je n'en suis pas sûr.
    Quoi qu'il fasse, j'ai pensé que son témoignage (que je ne cautionne pas) pouvait aider à comprendre ce qui se passait en Grèce.
    La crise favorise l'extrémisme, et entendre un discours xénophobe dans la bouche d'un ingénieur laisse présager le pire, parce que les partis populistes s'adressent en priorité aux gens les moins éduqués :(

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