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jeudi 19 juillet 2012

Quand la paix sociale passe avant la santé publique


When the social peace comes before public health.

La Grèce vit des moments terribles. Nous apprenons maintenant que l’État n’est plus capable de lutter contre les feux qui ravagent ses forêts. L’austérité appliquée sans discernement, comme une punition, mène le pays à sa ruine.


Sur le plan politique, la situation est encore plus grave. Après avoir été dirigé pendant quelques mois par un banquier-technocrate, puis par un gouvernement provisoire tout juste capable d’expédier les affaires courantes, le pays est maintenant aux mains d’une coalition sans projet et sans idéologie, dont la seule fonction est d’obéir à la troïka qui l’a fait élire.

Et le peuple dans tout ça ?

La majorité silencieuse a renoncé à sa légitimité politique. À Athènes, le seul sentiment partagé est la résignation. Les indignés et les occupants ont cédé leur place aux exploités et aux mendiants.

Comment en est-on arrivé là ?

D’abord, il y a eu cette période de vide. Ces longs mois pendant lesquels le pouvoir était impuissant, et pendant lesquels on a cessé de manifester. « On ne peut pas lutter dans le vide », m’avait dit un chauffeur de taxi le jour de mon arrivée en Grèce. Je pense maintenant qu’il avait tort, et que la technocratie a absorbé la révolte en se prétendant impuissante ; soit elle a menti, soit il fallait profiter de l’occasion pour la renverser.

Et puis il y a eu la peur. Les médias et les politiciens de tous les pays alentours ont menacé les Grecs pour qu’ils acceptent le destin d’esclave qui leur était réservé. Les partis « hors système » en sont sortis renforcés, mais pas assez pour faire bouger les choses, jusqu’à une prochaine fois.




Mais tout de même, le gouvernement a fait des sacrifices.

Un barman m’a expliqué récemment qu’il y avait un mot spécial en grec pour désigner ce qui est indispensable et ce à quoi les gens ne renonceront jamais. Je ne suis pas encore assez familiarisé avec la langue pour l’avoir retenu et le retranscrire ici, mais je crois qu’on peut traduire cela par : « mode de vie ».
Il m’a expliqué ensuite que le mode de vie grec revenait à pouvoir prendre un café et fumer une cigarette tranquillement. Il m’a ensuite dit que malgré la crise, le prix de certaines cigarettes avait baissé, et que cela avait contribué à calmer les esprits. En France, on a « le loto, la télé, le tiercé » ici on a « le café et la clope en terrasse ». L’idée qu’il suffise de donner au peuple du pain et des jeux pour qu’il se calme est toujours présente, et quand on n’a plus de pain, on fait avec ce que l’on a.



Et pour les plus retors ?

Il reste néanmoins une partie de la population, plus ou moins marginale, qui n’adhère pas à ce mode de vie. Pour elle, on a créé quelques zones connues de tous dans lesquelles il est possible de se droguer pour pas cher et d’oublier le quotidien oppressant.



Omonia, rue Stournari, Agio Anargyri… ce sont autant d’endroits où il n’est parfois même pas nécessaire d’attendre que la nuit tombe pour voir des gens squelettiques s’injecter je ne sais quel poison dans les veines. La police n’est jamais très loin, mais tant qu’il n’y a pas de violence, elle laisse faire. Pour les dirigeants, il est plus intéressant de laisser ceux qui refusent le système se détruire à petit feu que de chercher à les réinsérer ou à leur donner la parole. Au final, le plus gros sacrifice qu’aura fait l’État grec aura été de condamner à une mort lente et misérable ceux des siens qui aspiraient le plus au changement.


When the social peace comes before public health.

Greece is going through terrible times. Now we learn that the State is no longer able to fight against the fires that ravage its forests. The austerity applied indiscriminately, as punishment, is leading the country to ruin.



On the political front, the situation is even worse. After a few months led by a banker-technocrat, then by a provisional government barely able to handle everyday business, the country is now ruled by a coalition without ideology and without any project, whom the only function is to obey the troika that got it elected.

What about the people in all this?

The silent majority has abandoned its political legitimacy. In Athens, the only shared sentiment is resignation. The "indignados" and the "occupy" have given way to the exploited and the beggars.

How did this happen?

First, there was a time of emptiness. These long months during which the power was impotent, and during which it was ceased to manifest. "We can not fight against nothing" I was told by a taxi driver on the day of my arrival in Greece. I now think he was wrong, and that technocracy has absorbed the revolt by claiming impotent. Maybe it lied, but the opportunity to overturn it should have been taken if it didn't.

And then there was the fear. The media and politicians of all countries around threatened the Greeks to accept the fate of slaves they were reserved. Parties who claimed themselves "outside the system" have been strengthened, but not enough to make things happen, until next time.


But still, the government has made ​​sacrifices.

A bartender told me recently that there is a special word in Greek to describe what is essential and what people will never give up. I am not yet familiar enough with the language to remember and write it here, but I think we can translate it by "way of life".
Then, he told me that the Greek way of life is mainly enjoying a coffee and a cigarette in peace. He added than despite the crisis, the price of some cigarettes dropped, it helped to maintain peace in the streets. In France, there is "the lottery, the TV and the top three" here there is "coffee and cigarette on the terrace." The idea that it is enough to give the people bread and games for him to calm down is always present, and when there is no bread anymore, there's still some things to be given.


And for the more devious?

There's still a part of the population, more or less marginal, who doesn't adhere to this way of life. For them, some areas known by all as places where it is possible to take drugs for cheap and forget the daily oppressive were created.


Omonia, Stournari street, Agio Anargyri... These are places where it is sometimes not necessary to wait until nightfall to see skinny guys injecting some sort of poison in their veins. The police are never far away, but as long as there is no violence, they're not annoyed. For leaders, it is more interesting to let those who refuse to destroy the system dying slowly than trying to rehabilitate them, or to give them a voice. Ultimately, the biggest sacrifice the State has made is the Greek has been condemning to a slow and miserable death those who sought more change.



2 commentaires:

  1. nous sommes allés en Crête cette année comme d'habitude et les petits commerces ferment car même les touristes les boudent à tel point que certains commerçants vous suivent dans la rue pour vous vendre leur marchandise.
    c'est très triste car les grecs sont gentils et accueillants et ils ne méritent pas ça

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  2. Tout à fait d'accord, personne ne mérite ça.

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