Restez informé par e-mail

samedi 5 mai 2012

L'extrême droite, vue par les Athéniens


Les « gens d’en bas », comme disait l’autre, n’ont peut-être pas les connaissances ni les grilles de lecture nécessaires pour décrypter objectivement la situation politique du pays dans lequel ils vivent, mais ils sont bien placer pour parler de ce qu’il s’y passe ; et s’ils ne disposent pas des chiffres que les politiciens se sont payés avec l’argent de leurs impôts, leurs témoignages restent précieux parce qu’ils n’ont aucun intérêt à mentir.



Tonio est fonctionnaire, et propriétaire d’une dizaine d’appartements sur Athènes. Il les loue principalement à des étudiants, mais n’hésite pas à diversifier sa clientèle en période de crise. Comme je vais rester chez lui pendant un mois, il m’a proposé de venir me chercher à l’aéroport lors de mon retour dans la capitale hellénique. Comme mon avion atterrissait en plein milieu de la nuit, je lui avais répondu que ce n’était pas la peine qu’il se donne autant de mal. Il a fini par me convaincre en me précisant que cela me coûterait vingt euros. Pour me débarrasser de mes scrupules à me faire attendre à trois heures du matin, il m'a dit que cela me coûterait ving euros. Le prix était très raisonnable, j’ai donc accepté.

Tonio, dont le nom a été changé pour la rédaction de cet article.
Il n’était en retard que d’une heure, et s’en est immédiatement excusé. Je l’ai rassuré ; après seulement dix jours passés à Athènes, j’avais déjà constaté que la ponctualité n’était pas une vertu ici, mais bien une forme de snobisme.

Une fois embarqués, nous avons commencé à discuter. Quand je lui ai dit que j’avais quitté le Zimbabwe parce que là-bas, je n’arrivais pas à obtenir de visa, sa réaction ne se fit pas attendre.
— C’est dingue. Comment peuvent-ils refuser à des Européens de s’installer chez eux alors qu’il y a autant d’Africains qui viennent vivre en Europe ?
Je me suis contenté de répondre que j’avais déjà eu de la chance de pouvoir rester à Harare pendant plus de six mois en touriste. Les Zimbabwéens ne sont pas nombreux à avoir cette opportunité lorsqu’ils désirent visiter l’Europe.



Après cette entrée en matière un peu conflictuelle, nous avons fini par trouver un terrain d’entente. Tonio me confia que les Grecs soutenaient massivement François Hollande, espérant le voir orienter l’Europe vers une politique qui ne serait plus celle des marchés. Puis, il ajouta un : « On n’y croit pas trop, mais de toute façon, on ne peut rien espérer de mieux en ce moment » qui me fit sourire.
Puis, nous avons parlé de politique grecque. Sur ce sujet, il n’était pas possible de ne pas aborder "ΧΡΥΣΗ ΑΥΓΗ" ou Aube dorée, le parti explicitement nazi et qui profite pleinement de la crise.
D’abord, Tonio m’assura que les Grecs étaient traditionnellement et majoritairement de gauche, mais que certains quartiers étaient tellement dangereux que sans les milices d’Aube dorée, ils seraient gagnés par le chaos.
J’ai repensé à Exarceia, le quartier anarchiste d’Athènes dans lequel la police n’est pas la bienvenue ; ils n’ont pourtant pas l’air d’avoir besoin des gros bras d’Aube dorée pour y combattre l’insécurité.
— Par exemple, quand des locataires pakistanais restent des mois dans un appartement sans payer leur loyer et que la police ne fait rien, les propriétaires appellent Aube dorée et ils foutent tout le monde dehors, ajouta Tonio. Ces gars-là sont des guerriers, et ils n’hésitent pas à se battre.
À ce moment, j’ai compris que nous ne parlions pas de la même insécurité.

Pour changer de sujet, j’ai fait remarquer à Tonio que la situation semblait s’être calmée depuis plusieurs mois. Il m’a répondu que c’était parce que nous étions en période de transition ; les gens ne voulaient pas manifester face à un pouvoir impuissant.
— Pour réclamer quelque chose, il faut que celui à qui vous le réclamiez soit capable de vous le donner. Si aucun gouvernement capable de faire des réformes ne prend le pouvoir dimanche, les Grecs ne redescendront pas dans la rue parce qu’ils n’auront personne à qui s’adresser. On ne peut pas lutter dans le vide.

À ce moment, l’idée que l’impuissance des politiciens européens soit plus feinte que réelle m’a effleuré. En attendant, j'étais arrivé dans ce qui allait être mon appartement pour le mois prochain.





The far-right party, by Athenians.

"People from below" as said one (Jean-Pierre Raffarin, former French Prime minister) might not have knowledge or reading grids to objectively decrypt the political situation of the country they're living in, but they got a good place to speak about what's happening there. They don't have the figures than politics bought with tax money but their testimony are still precious because they have no interest in lying. 


Tonio is a public servant, and landlord of a decade of flats in Athens. He mainly rents them to students but doesn't hesitate to diversifie his tenants during this crisis time. As I'm staying in one of his places for the next month, he purposed me to give me a ride from the airport when I'm back in the Hellenic capital town. As my plane landed in the middle of the night, I had answered him it wasn't necessary he made such efforts. To make me get rid of my qualms about having him waiting for me at three in the morning, he told me I would have to pay twenty euros. The price was reasonable so I accepted.

Tonio, whom the name has been changed for this article.
Once I'd embarked, we started talking. When I told him I had left Zimbabwe because I couldn't get a visa there, he reacted fast.
— that's crazy. How can they refuse Europeans to go to Zimbabwe while there are so many African people who live in Europe?
I just said I had luck anyway as I could stay in harare for mor than six months as a tourist. Zimbabwean are not many to get this possibility when they want to visit Europe.



 After this first contact a little too conflictual, we finally found a matter we could agree about. Tonio confided me than Greeks massively supported François Hollande. They hoped they would see him guiding Europe to a policy who wouldn't be dictated by markets anymore. Then he added a "We don't believe in it too much, but anyway we can't hope for anything better right now" who made me smile.
Then we spoke about Greek policy. About it, it was impossible not to talk about "ΧΡΥΣΗ ΑΥΓΗ" or Golden dawn, the explicitly nazi party who really benefits from the crisis.
First, Tonio swore me Greeks were traditionally and mainly left wing supporters, but as some quarters were so dangerous, without Golden dawn, they would be overtaken by chaos.
I thought about Exarceia, the anarchist quarter in Athens where police wasn't welcome. They didn't seem they needed strong-arm men from Golden dawn to fight insecurity there.
— For exemple, when Pakistanis tenants stay for months in a flat without paying the rent and police don't do anything, the owners call for Golden dawn and they get everyone out, added Tonio.
At this time, I realised we didn't speak about the same insecurity.
In order to change of subject, I pointed out that situation has seemed calmer for several months. He answered it was because we were in transition time. People couldn't protest in front of a helpless power. 
— To require something, the one you ask it has to be able to give it to you. If no government able to make reforms is empowered on Sunday, Greeks won't go back to walk in the streets because they won't have any one to talk to. We can't fight against nobody.

At this moment, the idea the powerless of European politics was more faked then real touched me. Meanwhile, I was near the place who would be my home for the next month.





16 commentaires:

  1. 6 à 8 % pour l'extrême droite néonazie et un gouvernement qui risque de ne pas pouvoir se former. Quel gâchis !

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour cet article intéressant. J'ai bien lu que l'Aube Dorée aidait à lutter contre certaines injustices criantes.

    Mais pourquoi dites vous que l'Aube Dorée est "neo nazie" ?

    Primo nazi signifie national socialiste, alors comment peut on être "extrême droite" et "socialiste" en même temps.

    Secundo, l'Aube dorée réfute cette appellation et traite de menteurs les journalistes qui l'emploient à leur encontre. Avez vous un argument précis à ce sujet ?

    Bonne journée.

    RépondreSupprimer
  3. Bonjour, et merci pour votre commentaire.

    C'est vrai que cette appellation reste subjective, même si elle est employée par de nombreux habitants et commentateurs sur place.

    Sur la sémantique, je ne m'attarderai pas. La RDA (ex Allemagne de l'Est) se qualifiait de démocratique et cela ne trompait pas grand monde...

    Sur l'idéologie en revanche, j'ai vu des photos de leur drapeau (qui rappelle quand même la croix gammée) et de certains sympathisants faisant le salut hitlérien pendant leurs réunions, mais je dois bien admettre qu'en dehors de ce qui m'a été rapporté par voix de presse, je ne dispose d'aucun élément probant.
    J'assume donc la subjectivité de cette qualification.

    En restant sur place, je vais chercher à savoir si cette mouvance "hyper extrémiste" est réelle et représentative du parti dans son intégralité, ou non.

    Merci de mettre en doute mes propos — sans la moindre ironie —, c'est parce que je mettais en doute ceux de la presse hexagonale que je suis venu ici.

    RépondreSupprimer
  4. Merci pour votre réponse.

    Je ne vais pas creuser la notion de subjectivité que vous utilisez parce que j'avoue ne pas comprendre la raison de son usage à propos de la question évoquée. A moins que vous ne vouliez simplement dire que selon vos impressions il s'agit sans doute de néo-nazis sans aller plus loin dans la réflexion objective.

    D'après mes recherches, le fameux salut est en réalité d'origine grecque antique et aurait été piqué par les totalitaires dans les années 20.
    Il me semble donc légitime que tous les patriotes grecs puissent l'utiliser sans que cela en face des néo-nazis. Pour rappel, il s'agit également du salut des Jeux Olympiques ! Et pour cause, ceux-ci ayant une origine grecque.

    Le symbole en lui même n'est pas une croix et ne peut donc être assimilé à une croix gammée mais il est vrai concernant le drapeau que le fond rouge et le symbole du méandre en noir entouré de blanc rappelle les couleurs du drapeau national-socialiste. Cela suffit peut-être pour taxer le mouvement de néo-naze (personnellement cela me semble un peu léger tout de même). j'ai également vu des drapeaux or et noir.

    Vous avez la chance d'être sur place pour vous faire votre propre opinion loin des raccourcis des médias français, profitez-en !

    RépondreSupprimer
  5. Le problème, c'est qu'entre le double langage parfois utilisé, les courants au sein d'un même mouvement politique, ou l'évolution de ce dernier, il devient difficile de résumer la doctrine d'un parti en un seul mot (socialiste, nationaliste, libéral, raciste...) d'où une subjectivité qui devrait aller en décroissant au fur et à mesure que mon expérience s'étoffera et que je percevrai mieux les subtilités du sujet.

    Je vous rejoins sur un point, je ne pense pas que 7 % de la population grecque mérite d'être qualifiée d'hitlérienne, la situation est forcément beaucoup plus nuancée.

    J'espère vite rencontrer des gens ("pour" ou "contre") qui m'aideront à mieux comprendre tout cela.

    Cordialement, et en vous remerciant pour votre participation.

    RépondreSupprimer
  6. Salut Cédric et bienvenue en Grèce!

    Je voudrais savoir si le charmant Tonio qui est fonctionnaire et qui possède une dizaine d appartements (comment fait-il?) va déclarer le revenu créé par la location. Va t il te faire une facture?

    Pour le reste bonne chance pour ta "carte de séjour" de citoyen européen...sans revenus tu ne l auras pas. Et il faut se présenter derrière le bâtiment a 06h10 effectivement pour ne pas attendre en vain devant pendant des heures...

    A bientôt

    RépondreSupprimer
  7. Salut

    Tu bosses pour le fisc ? ;)
    Après une courte investigation, il semblerait que Tonio "gère" uniquement ces appartements, même si dans le lot, il n'est pas impossible qu'un ou deux soient à lui.

    À défaut de facture, j'ai un reçu qui n'a probablement aucune valeur légale.
    Quant à savoir si le vrai propriétaire déclare ses revenus créés par la location, je ne m'avancerais pas trop en disant que ça m'étonnerait... maintenant, il y a parfois de bonnes surprises.

    Merci pour la bienvenue et pour le conseil :)
    Ce n'est donc pas une légende urbaine ce coup du rendez-vous à 6 h 10 :_(

    Sinon, en cette période de statu quo, j'ai un peu de mal à trouver l'inspiration pour mon prochain post, mais je suis sûr que ça va venir.

    À bientôt

    RépondreSupprimer
  8. non je ne bosse pas pour le fisc, mais j en ai marre de payer pour ceux qui trichent. Je suis salarié et mes impôts sont prélevés a la source.

    Pour l aube dorée effectivement ils sont nationalistes (et croient a la supériorité du peuple grec), font du "nettoyage" si tu as des problèmes avec des locataires, vendent de la "protection" aux petits commerces etc..

    Pour ton prochain sujet, pourquoi ne pas parler de quelque chose de positif pour la Grèce ?
    Fais un tour en province, parle aux gens dans les villages leur façon de vivre la crise ou non, les rapports familiaux, les traditions la musique etc.....

    a bientôt
    Kostas

    RépondreSupprimer
  9. C'est une bonne idée, mais mon budget serré va me clouer sur Athènes pour quelques semaines, voire un mois.
    Ce qui ne va pas m'empêcher de trouver des choses positives à raconter. D'ailleurs, si mon blog peut paraître négatif, c'est uniquement en raison de la conjoncture, j'adore déjà ce pays :)

    À bientôt

    Cedric

    RépondreSupprimer
  10. Salut Cédric ! Je tiens d'abord à dire que j’aime la Grèce, je suis même marié avec une grecque.

    j'ai vécu et j'ai travaillé en Grèce pendant plusieurs années. Je suis rentré en France cette année 2012. Moi qui suis français et qui ai été confronté à la vie en Grèce avec ma femme et mes enfants, je t'avoue que je suis moins gentil que toi avec les Grecs (Je généralise).

    La corruption fait parti de la culture Grecque, et elle touche tous les domaines. Sans exception. Cela n'est pas très imaginable pour les français, parce qu'ils comparent la Grèce à des pays comme l'Espagne ou L’Italie.

    J'ai travaillé en Grèce pendant plus de 6 ans, et je n'ai jamais payé d’impôt, alors que je travaillais pour une entreprise qui était numéro 1 dans son domaine. Pourtant J'étais bien déclaré. Le plus incroyable, cette entreprise ce débrouillait pour ne jamais faire de bénéfice. Ce que lui permettait de ne pas payer d’impôt et surtout en plus de recevoir des aides. Au début j'avais beaucoup de mal avec ce genre de fonctionnement. Ce genre de chose est très courant en Grèce.

    Je connais des intellectuels Grecs, et ils m'ont expliqué que le problème des Grecs c'est qu'ils ne savent pas se projeter dans l'avenir. Cela est parfaitement vrai, mais c'est grave quand se sont les politiques qui fonctionnent de cette façon.

    Il faut aussi rencontrer des étranger régularisé en Grèce (non CEE). Leur situation est vraiment difficile. ce que les Grecs oublient de dire, c'est qu'il n'y a pas une usine qui fonctionne sans ces étrangers.

    Bon je m’arrête là parce que il y a trop a dire sur la Grèce. Un jour un Ami italien qui a travaillé dans plusieurs pays à travers le monde, m'expliquait que la Grèce lui rappelait l'Afrique dans son mode de fonctionne. Un jour mon patron m'a dit : "ne te fie jamais à un Grec si tu n'es pas Grec."

    RépondreSupprimer
  11. Salut,

    Et merci pour ce témoignage.
    Comme je travaille depuis chez moi, il y a en effet beaucoup de choses qui vont mettre du temps à apparaître sur ce blog. Dans ce contexte, tous les témoignages vécus (comme le tien) sont précieux.

    RépondreSupprimer
  12. Vous parlez de corruption? Pourquoi ne pas parler du grand scandal SIEMENS avec les corrupteurs allemands et greco-allemands protégés par le gouvernement de Mme Merkel? Pourquoi on ne parle pas en Europe du scandale Tsohatzopoulos, deuxième personnage du gouvernement pendant de decenies qui est actuellement en prison pour le grand scandal des commissions des sous-marins allemands - jamais ou imparfaitement livrés à la Grèce -, des commissions de plusieus dizaines ou même de centaines de millions d'Euros. Toujours avec de corrupteus allemands protégés par le gouvernement de Mme Merkel? Et les 500 milliards que l'Allemagne doit à la Grèce pour les dommages de la guerre MAIS AUSSI POUR LES EMPRUNTS QUE L A GRECE A "CONSENTI" PENDANT L'OCCUPATON ET QUE L'ALLEMAGNE N'A JAMAIS REMBOURSES? Creusez un peu et vous découvrirez un tas de curiosités que l'Europe n'aime pas trop qu'on en parle. Je vous souhaite bien du plaisir.
    Et osez faire un tour aux environs de la place Omonoia, surtout la nuit et surtout rue Menandrou, et décrivez ce que vous verrez, si vous sortez de là sein et sauf.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. D'abord, je parle de ce que je veux, et s'il y a des sujets que vous voulez voir exposés en priorité, écrivez votre blog vous-même.
      Ensuite, je me suis déjà retrouvé place Omonia à 1 heure du matin parce que je m'étais fait surprendre par l'arrêt du dernier métro, et en effet, il y a des choses à dire... mais je n'aime pas les gens qui réclament. Là aussi, puisque vous avez l'air motivé, pourquoi est-ce que vous ne faites pas votre propre blog ?

      C'est tout de même incroyable ces gens qui réclament qu'on écrive des articles sur ce qui les intéresse !

      Supprimer
    2. Et merci d'arrêter vos copier-coller.
      J'aimerais garder les commentaires libres, et c'est à cause de gens comme vous que certains administrateurs se retrouvent obligés de les modérer...

      De même, vous n'êtes pas obligé de crier...

      Bref, je vous méprise comme je méprise tous ceux qui se croient légitimes pour donner des leçons et qui pensent tout savoir après quelques heures de surf sur le net !

      Supprimer
    3. Vous ne croyez-vous pas que vous exagérez un peu avec Enas Ellinas? Qu'est-ce qui est si insultant ou blessant dans ses propos? Tout comme vous, il parle de corruption. Vous parlez de la petite corruption, lui parle de la grande. Où est le problème?

      Supprimer
  13. Le problème, c'est qu'il a posté le même commentaire sur trois ou quatre articles et que je trouve ça un peu cavalier.
    En plus, il y a une différence entre "parler d'un problème" et exiger d'un auteur qu'il "creuse un peu".

    RépondreSupprimer