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mardi 15 mai 2012

La technocratie rampante s'attaque à la Grèce


Malgré les dernières élections en France, l’ambiance reste maussade. Les Grecs attendent avec impatience que l’Europe se réveille, qu’elle cesse de privilégier les banques pour s’occuper d’eux comme des citoyens, mais plus le temps passe et moins ils se font d’illusions.



Dans les cafés ou sur les marchés, dès qu’on dit qu’on est Français, les commerçants se lâchent.
— Sarkozy a été viré, et bientôt ce sera le tour de Merkel, entend-on souvent.
Mais au fur et à mesure que le pays s’enfonce dans la crise, cette rhétorique semble plus relever de la méthode Coué que du pronostic. D’ailleurs, quand on passe un peu plus de temps à discuter avec les gens, on arrive souvent au même constat.
— Au moins, vous pouvez espérer. Nous, on n’a même plus cette possibilité.

En effet, depuis le 6 mai, la Grèce n’a plus de gouvernement et les politiciens sont désormais incapables de changer quoi que ce soit à la situation.



Pour faire simple, et parce que le sujet a déjà été débattu dans de nombreux articles, les voix se partagent entre les « pro-Europe » et les « anti-austérité », mais aucun des deux camps ne peut former une coalition capable de former un gouvernement sans les voix de l’extrême droite néonazi.
Aux dernières nouvelles, un petit parti de gauche, originellement hostile à l’austérité, a failli rejoindre les deux grands partis pro-européens pour former un gouvernement provisoire, mais a fini par renoncer. Il est difficile de savoir si le projet a sérieusement été abordé ou s’il s’agissait seulement d’une annonce du principal parti anti-mémorandum pour dénoncer une situation ubuesque et un risque de déni de démocratie.

Peut-on laisser les Grecs décider de leur sort ?


Parce qu’il faut bien reconnaître une chose : cette question n’est plus taboue.
Cela fait déjà plus de deux mois, j’avais dénoncé le fait qu’on envisage de refuser aux Grecs le droit de choisir leur destin (http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-dernier-bizutage-d-un-116808) et les choses ne se sont pas arrangées depuis.
C’est au tour de Daniel Cohn-Bendit d’exprimer ses craintes sur le sujet (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/05/10/97001-20120510FILWWW00503-grececohn-bendit-exprime-ses-craintes.php) et il n’y va pas par quatre chemins pour fouler la démocratie du pied.

Il semble donc qu’en France, une partie des politiciens soient adeptes du « devoir d’ingérence » dans la politique grecque, non pas parce que le peuple souffre, mais parce que les conséquences seraient catastrophiques pour le reste de l’Europe si les choses ne s’arrangeaient pas rapidement.
On devrait donc faire pression pour qu’ils acceptent l’aide qu’on leur propose, et qu’en contrepartie, ils poursuivent la politique d’austérité imposée par la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) malgré un vote massif contre cette politique.


Le nouveau dogme de la technocratie

Ce qui m’effraie le plus dans ce discours émergeant, en plus du fait que cela risque de rendre la France très impopulaire dans ce pays où j’ai décidé de m’installer, c’est qu’à l’instar du libéralisme la technocratie est maintenant présentée comme un dogme.

Pro européen, j’ai souvent voté contre les mesures qu’on nous présentait comme allant dans le sens de « plus d’Europe » alors qu’elles servaient les institutions et les hommes d’affaires (traité de Maastricht, traité de Lisbonne…)
Maintenant, je constate avec amertume qu’un discours technocratique prend place dans le vide laissé par une démocratie qui n’a cessé d’être malmenée. On a refusé aux Grecs le droit de vote en décidant à leur place (je rappelle au passage que le traité de Lisbonne a été ratifié par voie parlementaire en Grèce — http://www.euractiv.fr/traite-lisbonne-ratifications-00039) dans le cadre de la construction européenne, et maintenant, on commence à dire que si le pays va de plus en plus mal, c’est parce qu’il reste encore trop de démocratie dans l’équation.

Je ne sais pas si la Grèce sert de laboratoire pour l’Europe, mais si c’est le cas, je pense que nous avons intérêt à nous montrer solidaires et vigilants maintenant si nous ne voulons pas entendre bientôt dire que notre pays est en danger et qu’il faut nous aider à décider ce qui est bon pour nous.

En attendant, les Grecs s'organisent pour survivre.




Creeping technocracy overtakes Greece


Despite the recent elections in France, the mood remains grim. The Greeks are eagerly awaiting that Europe wakes up, that she stops helping the banks in order to care about people as citizens, but the longer they wait, the less they're excepting.


In coffee shops or on the markets, once they're told one's French, merchants let go.
— Sarkozy's been fired, Merkel is the next one, soon, we hear often.
But as the country goes deeper in the crisis, this rhetoric seems to be more autosuggestive than realistic. Moreover, once we spent more time talking to people, at the end, this is the same observation:
— At least you can hope, we got nothing.
Indeed, since May the 6th, Greece has no government and politicians are now unable to change anything to this situation.


To make it simple, and since the subject has been discussed in a lot of articles, the ballots were divided between the "pro-Europe" and the "anti-austerity", but none of them can make a coalition in order to have a government without the nazi far right wing party.
At last, a small leftist party, originally hostile to the austerity, hesitated to join the two pro-european parties to make a temporary government, but eventually gave up.
It's unclear whether the project has been seriously addressed or if it was just an announcement from anti-memorandum party to denounce the grotesque situation and the potential denial of democracy.


May we let the Greeks decide their own fate?


Because we have to admit it's not a taboo question anymore.
It's been over two months I denounced the fact that some thought about refusing the Greeks the right to choose their destiny  (http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-dernier-bizutage-d-un-116808) and things haven't turn better since.
It's now Daniel Cohn-Bendit's turn to express his fears on the subject (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/05/10/97001-20120510FILWWW00503-grececohn-bendit-exprime-ses-craintes.php) and he doesn't beat around the bush to trample democracy.
Nowadays, it seems that in France, some politicians are followers of the "duty to interfere" in Greek politics, not because of the people suffering but because of the catastrophic consequences for the rest of Europe if things didn't quickly fixed.
Then, we should put pressure on them so they accept the help offered and they also pursue austerity policy imposed by the troïka (EU, IMF and European Central Bank) despite a massive vote against that policy.


The new dogma of technocracy

What frightens me the most about this emerging discourse, besides the fact that this may make France very impopular in this country I've decided to stay in, is that, like liberalism, democracy is now presented as a dogma.

As a Pro European, I have often voted against those measures which were presented as of "more Europe" when they served only institutions and businessmen (the Maastritcht Treaty, the Lisbon Treaty...)
Now, I note with bitterness than a technocratic discourses takes place in the vacuum left by a democracy who's continued to be buffeted. Greeks have been denied the right to vote and decide their place in European integration (FYI, the Lisbon Treaty was ratified by the Parliament in Greece — http://www.euractiv.fr/traite-lisbonne-ratifications-00039) and now some start saying that if the country goes incredibly wrong, that's because there is still too much democracy in the process.

I don't know if Greece is used as a laboratory for Europe, but in this case, I think we better show our solidarity an be vigilant now if we don't want to be told that our country is in danger and that we must be helped to decide what's good for us soon.

Meanwhile, Greeks try to survive.

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