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mercredi 2 mai 2012

Comment on devient métèque à Athènes (2)


Vous avez déjà essayé de taper « Europe » sur Google ? C’est amusant de constater que quand on a entré les quatre premières lettres le dérouleur automatique propose Eursport, Euromillion et Europe 1. Quand je vois ça, je comprends que ce n’est pas en brandissant des preuves de ma citoyenneté européenne que je vais résoudre mes problèmes avec l’administration grecque pour officialiser ma situation et devenir un véritable résidant athénien.

Je suis retourné au vingt-quatre de la rue Petrou Ralli tôt ce matin. Comme l’endroit n’est desservi par aucun métro, j’en ai eu pour une petite heure de marche. Sur place, un policier occupé avec son téléphone portable m’a fait patienter quelques minutes avant de me dire que j’étais au bon endroit, mais pas devant la bonne entrée. J’ai donc fait le tour du pâté de maisons pour arriver dans une ruelle, et là, j’ai compris pourquoi les autorités ne souhaitaient pas faire attendre les gens dans l’artère principale : une bonne centaine de personnes, toutes nationalités confondues, étaient déjà présentes. Visiblement, l’endroit n’était pas si difficile que ça à trouver. Comme je voulais m’assurer que j’étais devant la bonne porte, je me suis approché du policier en faction. Grand et autoritaire, il n’hésitait pas à repousser physiquement les intrus qui s’approchaient de trop prêt lorsque ces derniers se montraient trop entreprenants.
D’assez loin, pour ne pas mettre le policier en position défensive, j'ai demandé en anglais si j'étais au bon endroit pour obtenir une « permission » afin de rester en Grèce en tant que ressortissant européen.
« Where are you from ? Show me your passport ! »
Vous êtes d’où ? Montrez-moi votre passeport.
J'ai sorti mon passeport français et l'ai tendu au fonctionnaire. Il a rapidement vérifié ma photographie et me l'a rendu.
« That won’t be possible before eight. Stay with the other ones, where I can see you, and I will call you when it’s ok. »
Ça ne va pas être possible avant huit heures. Restez avec les autres à un endroit où je peux vous voir et je vous appelle quand c’est bon.
Je suis donc retourné m’adosser contre le mur de l'autre côté de la rue, avec tous les immigrés, réalisant par la même occasion que j'étais le seul Européen à venir ce matin pour demander à rester en Grèce.
À l’heure dite, le policier regarda dans ma direction, puis m'appela dans un français dont il semblait particulièrement fier.
« Monsieur, s’il vous plait ! »
Sans me faire prier, je franchis le portail et alors que je demandais où je devais me rendre, il me désigna, d’un vague signe de la main, un ensemble de buildings à une centaine de mètres.
Après quelques minutes à chercher et à demander à un jardinier, content lui aussi de pouvoir me répondre dans un très bon anglais, je finis dans un hall bondé. Puisque personne ne m’avait suivi et que le portail était resté fermé derrière moi quand le policier m’avait fait rentrer, je me suis demandé depuis combien de temps tout ce monde était là.

Comme je suis quelqu’un de civilisé, je me suis d’abord dirigé vers la machine qui distribuait les tickets. Trois boutons, tout était écrit en grec. J'ai demandé à quelques personnes si elles savaient où je devais appuyer, aucune ne m'a répondu.

Heureusement, depuis que je suis arrivé en Grèce, j’ai constaté que s’il semblait souvent impossible de trouver où il fallait faire la queue, il y avait toujours un guichet derrière lequel des fonctionnaires semblaient n’être là que pour répondre aux questions des gens qui ne savaient pas où aller, ni quoi faire ; et cette salle ne faisait pas exception à la règle. Les deux fonctionnaires responsables des gens perdus se sont montrés plutôt coopératifs. Après m’avoir demandé d’où je venais et ce que je voulais, ils m’ont envoyé dans une autre salle, tout aussi pleine.

Mais cette fois, les choses se compliquèrent. Il n’y avait pas de guichet dédié aux gens perdus et une trentaine de personnes attendaient, sans ticket. D'ailleurs, il n'y avait pas de machine pour en distribuer. Je ne voyais pas non plus de file dans laquelle je pouvais prendre place. Dépité, je me suis assis au fond de la salle et j'ai cherché à comprendre ce qui se passait et comment tout cela fonctionnait.
Après quelques minutes, je vis débarquer l’homme qui était derrière le premier guichet. À haute voix, de l’autre bout de la pièce et devant tout le monde, il parla en grec. Je ne compris que le mot Gaiiez « Français », mais cela me suffit à réaliser qu’on parlait de moi. Ensuite, l’homme me fit signe de passer devant tout le monde et après de nombreux « désolé » que je lançais pour me faire pardonner ma démarche un peu cavalière, je me suis retrouvé face à un homme dont j’ignorait s’il était policier ou simple fonctionnaire.
« Passport please »
Passeport s’il vous plait.
Je m’exécutai et lui tendis le précieux sésame.
« Proofs of incomes ? »
Justificatifs de revenus ?
Cette fois, les choses se compliquaient. J’étais venu pour savoir de quels papiers j’allais avoir besoin, pas pour remplir des formulaires.
« Well… I do not have a salary, but I got some other incomes. Nevertheless, I don’t have papers here to proove it… »
Eh bien, je ne touche pas de salaire, mais j’ai des revenus. Cependant, je n’ai pas les papiers pour le prouver…
« Account address ? »
Adresse de votre compte ?
« Sorry ? »
Pardon ?
Très vite, l'homme a haussé le ton, comme si cela aurait pu rendre les choses plus faciles.
« Account address ? »
Adresse de votre compte ?
L’homme à qui j’avais affaire ne cachait plus son énervement. J’essayais de lui répondre calmement.
« I got a French bank account, and a Scotish one also, actually. What do you want exactly ? »
J’ai un compte en France, et un autre en Écosse. Vous voulez quoi exactement ?
Cette fois, s’en était trop. Sans prendre la peine de répondre, mon interlocuteur farfouilla sous son bureau, sortit une feuille et la passa sous la vitre qui nous séparait.
« That’s what you need if you can’t proove you got incomes. »
C’est ce dont vous avez besoin si vous ne pouvez pas prouver que vous avez des revenus.
Je regardai la feuille.
« You don’t have it in English, do you ? »
Vous ne l’avez pas en anglais, n’est-ce pas ?
« Nope »
Nan.



Dans un élan de générosité, l’homme reprit le document et m’expliqua qu’il me faudrait revenir avec une photocopie de mon passeport, deux photos d’identité, un compte en banque grec sur lequel serait déposée la somme de quatre mille euros, une copie de mon certificat d’assurance maladie et une copie d’un dernier papier que j’ai maintenant oublié, tellement il parlait vite et sans me laisser le temps de prendre des notes.
Il m’expliqua aussi que la prochaine fois, il faudrait que je sois là à six heures trente du matin.
Le fait d’avoir à me lever vers quatre heures pour remplir des formulaires en grec ne m’enchantais pas plus que l’idée de confier quatre-mille euros à une banque athénienne.
L’après-midi, je fis le tour des banques où l’on m’expliqua que l’on ne pouvait pas ouvrir de compte sans numéro d’immatriculation fiscal, le précieux AFM  que j’avais tenté de récupérer ce matin.
J'ai donc renoncé à me faire enregistrer comme retraité ou travailleur indépendant, j'essaierai plutôt de convaincre l’administration que je dispose de revenus réguliers. Pour mon prochain passage au poste de la rue Petrou Ralli, je prendrais aussi un appareil photo.



How one becomes Metic in Athens

Have you ever try to type "Europe" on Google? That's funny to note that once you've entered the first four letters, the automatic choices purpose Eurosport, Euromillion and the radio Europe 1. When I see it, I understand it's not by brandishing some proofs of my European citizenship that I will solve my problems with the Greek administration in order to officialise my situation and become a real Athenian resident.

I came back to the twenty fourth of Petrou Ralli street early in the morning. As the place was connected with no metro, I had to walk for around one hour. There, a policeman talking to his cellphone had made me wait a few minutes before he told me I was at the right place, but not at the right entrance. So, I turned around the block to end in a backstreet and there, I understood why the authorities didn't want people to wait in the main road: there was a large hundred of people, from all nationalities, waiting. Obviously, the place wasn't that hard to find. As I wanted to be sure I was in front of the right door, I approached the policeman on duty. Tall and authoritarian, he didn't hesitate to fight off the intruding ones who approached to nearby when they shown themselves too pushing.

From far enough not to incomodate the policeman, I asked in English if I was at the right place to get the "permission" in order to stay in Greece as a European citizen.
« Where are you from ? Show me your passport ! »
I got my passport out and gave it to the officer. He checked my picture fast and gave it back to me.
« That won’t be possible before eight. Stay with the other ones, where I can see you, and I will call you when it’s ok. »
So, I came back the the other side of the road, leaning against the wall, with all the other immigrants, realising in the same occasion than I was the only European guy who had came this morning to ask to stay in Greece.
On time, the policemen looked at me, and then called me in a French he seamed particularly proud of.
« Monsieur, s’il vous plait ! »
Sir, please !
Promptly, I passed the gate and while I asked where I had to go, he vaguely indicated with the hand a block of buildings at an hundred of meters.
After a few minutes looking for and asking to a gardener, glad too he could answer in a very good English, I finally find a room, crowded. Since no one had followed me and the gate had closed behind me when the policeman made me enter, I wondered for how long all these guys were here.

As I'm a civilised guy, I went to the ticket distributeur machine first. Three butons, everything was written in Greek. I asked a few people if they knew where I had to put, no one answered me.



Fortunately, since I had arrived in greece, I realised that if it often seamed impossible to find where one must queue, there was always a counter behind which the officers seamed to be here to answer the questions of people who didn't know where to go or what to do only. And this place was not exception to the rule. The two workers in charge of lost people shown themselves as rather cooperative guys. After they'd asked me where I came from and what I wanted, they sent me to another room, as full as the one I came from.

But this time, things turned more complicated. There was no window dedicated to lost guys and around thirty people were waiting, with no ticket. Beside, there was no machine to distribute some. I didn't see a queue I could take a place in either. Vexed, I had a seat at the back of the room and I tried to understand what was happening and how  all this worked.
After e few minutes, I saw the guy behind the first counter entering. Loudly, from the other corner of the room, and in front of everyone, he spoke Greek. I only understood the word Gaiiez "French", but that was enough to make me realise some were talkin about me. Then, the man made me a sign to pass in front of everyone and after a lot of "Sorry" I threw to have my approach a little rude forgiven, I was in front of a man I didn't know if he was a policeman or a simple civil servant.
« Passport please »
I obeyed and gave him the precious document.
« Proofs of incomes ? »
Now, it was more complicated. I had come to know which papers I would need, not to fill forms.
« Well… I do not have a salary, but I got some other incomes. Nevertheless, I don’t have papers here to proove it… »
« Account address ? »
« Sorry ? »
Soon, the man raised his voice, as if that could have made things easier.
« Account address ? »
The guy I was speaking to didn't hide his temper anymore. I tried to answer him calmly.
« I got a French bank account, and a Scotish one also, actually. What do you want exactly ? »
This time, it was too much. Without making the effort to answer me, my interlocutor rummaged under his desk, took a piece of sheet and passed it below the window between us.
« That’s what you need if you can’t proove you got incomes. »
I watched the paper
« You don’t have it in English, do you ? »
« Nope »



In a fit of generosity, the man took the paper back and explained I would have to come back with a copy of my passport, two ID pictures, a Greek bank account on which the amount of four thousand euros would have been transfered, a copy of my health insurance policy and a copy of another document I've forgotten what it was as he was speaking fast and he didn't give me time to take notes.
He also explained me the next time, I would have to be there at six thirty in the morning.
The idea of getting up near four to fill some greek forms didn't delight me more than I had to confide four thousand euros to an Athenian bank.
In the afternoon, I visited some banks where I was explained I couldn't open a bank account without tax file number, the precious AFM I had tried to get in the morning.
So, I gave up to be registered as a retired or independent worker, I will try to convince the administration I have regular incomes. Next time I'm going to the Petrou Ralli street police station, I will also take a camera.

5 commentaires:

  1. L'erreur de l'Europe ? Avoir voulu faire des pays civilisés en 20 ans à partir de pays sous-développés. Grèce, Espagne, Portugal... c'est comme proposer à un Rmiste de partir en vacances avec des patrons du CAC40, cela ne peut pas coller.

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  2. Quand ça ne colle pas, c'est souvent à cause du fait que les patrons du CAC 40 ne veulent rien partager et préfèrent rester entre eux...
    Dans le cas de la Grèce, ils se sont servis du pays pour faire un maximum de profits et viennent de se rendre compte qu'ils pouvaient en faire encore plus en le ruinant ou en affamant la population.
    S'il y a des sous-développés dans cette affaire, c'est bien Christine Lagarde et sa clique !

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  3. Mais oui M. ou Mme Anonyme, la crise est due aux pays "sous-développés" comme tu dis (je pense que tu devrais faire attention aux termes que tu utilises)! Ahahah je vois qu'il y a des gens qui devraient un peu se déconnecter des jeux vidéos et arrêter de regarder TF1, pour lire, se cultiver, avoir un vrai esprit critique et des arguments de fond! A bon entendeur...

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  4. Mais oui M. ou Mme Anonyme, la crise est due aux pays "sous-développés" comme tu dis (je pense que tu devrais faire attention aux termes que tu utilises)! Ahahah je vois qu'il y a des gens qui devraient un peu se déconnecter des jeux vidéos et arrêter de regarder TF1, pour lire, se cultiver, avoir un vrai esprit critique et des arguments de fond! A bon entendeur...

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