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lundi 7 mai 2012

6 mai à Athènes — Au coeur du non-événement


Vingt heures – le 6 mai 2012 – Place de la Constitution.

C'est le jour de législatives aujourd'hui en Grèce, un rendez-vous important. Quelques journalistes sont là, prêts à faire leur direct grâce aux camions équipés d’antennes satellites disséminés aux alentours.



On m’avait dit que les choses pourraient bouger dès dix-neuf heures, mais tout est encore très calme. Peut-être que les résultats ne sont pas encore connus, ou que personne n’a envie de faire la fête, ou les deux.

L’arbre auprès duquel un septuagénaire s’est donné la mort il y a un mois bénéficie toujours des mêmes égards, mais il est devenu un symbole de résignation. Le drapeau noir qui a été pausé dessus continue de flotter au vent mais ne fédère guère les foules.


Ceux qui attendent sur les marches sont principalement des jeunes. Punks, touristes et représentants d’une minorité sans étiquette se côtoient sans se mélanger. Quelques personnes seules ont amené de la lecture, les autres attendent patiemment.



Soudain, j’entends parles français derrière moi. Une jeune fille dit : « Au revoir » à quelqu’un que je ne vois pas, puis me passe devant pour s’adresser à un groupe aux allures de hippies. Elle demande une cigarette qu’on lui donne sans rechigner, puis engage la conversation dans un anglais très académique.
— Vous êtes là pour les élections ?
La fille la plus tatouée du groupe, celle qui a donné la cigarette, hoche la tête.
— Moi aussi. Je suis journaliste.
Devant le peu d’enthousiasme que cela suscite, elle ajoute :
— Je sais – ample geste du bras pour montrer qu’elle sait tout en général, et qu’on peut en conclure qu’elle connaît les résultats des élections de ce soir – mais je ne peux pas dire.
Comme les jeunes ne réagissent toujours pas, elle ajoute : « et je ne sais pas si c’est bien ou mal » avant de s’éloigner, cette fois pour de bon.
À ce moment, je suis bien content de n’être que « bloggeur ».

Vingt heures trente : Je vois arriver de plus en plus de monde. Quelques-uns ont des caméras, des appareils photo ou des microphones, mais rien ne se passe.



Vingt heures cinquante : Je constate que les vans équipés d’antennes paraboliques sont partis et après m’être fait à l’idée que je venais d’assister, en direct, à un non événement, je décide de rentrer à mon tour.
Il ne se passera rien se soir. On ne peut pas lutter dans le vide.



Athens, May the 6th. From inside a non-event.


20:00 - May the 6th of 2012 - Place of the Constituency

That's the day of parliamentary elections today in Greece, an important meeting. A few journalists are here, ready to speak in live, thanks to the vans equipped with satellite dishes all around.



I was told things could happen from 7 pm, but everything is still very calm. Maybe results aren't known yet, or maybe no one wants to celebrate, or both.

The tree from which a septuagenarian committed suicide a month ago still receives the same consideration, but it became a symbol of resignation. The black flag who was raised above continues floating in the wind but doesn't unite crowds.

Those who wait on the steps are mostly young. Punks, tourists and representative of an unlabeled minority are together without mixing. A few have brought reading, others wait patiently.

Suddenly, I heard someone spoke French behind me. One girl say "Goodbye" to someone I can't see, then she passes in front of me to speak to a group that looks like hippies. She asks for a cigarette that she's given ungrudgingly, then she begins the conversation in a very academic English.
— You're here for the elections?
The most tattooed girl of the group, the one who's given the cigarette, nods.
— Me too. I'm a journalist.
Confronted to the lack of enthusiasm that it raises, she adds:
— I know - ample gesture of the arm to show that she knows everything in general, and that we can guess she knows the results of the elections tonight - but I can't say.
As young people still don't react, she adds "and I don't know if it's right or wrong" before she finally walks away.

At that time, I'm glad to be only a "blogger".

20:30 : I see more and more people coming. Some have camera recorders, cameras or microphones, but nothing happens.



20:50 : I can see the vans equipped with satellite dishes are gone and after I admitted I was just in front - and in life - of a non event, I decided to come back home too.
Nothing will happen tonight. We can't fight against nobody.

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